Cardinal Sako : « En Irak nous ne pouvons pas prêcher publiquement »

Avr 5, 2022 | Non classé

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Louis Raphaël Ier Sako est le 24e patriarche de l’Église catholique chaldéenne. Il a été créé cardinal par le Pape François lors du consistoire le 28 juin 2018. Il a répondu aux questions de Cardinalis, témoignant de son apostolat en Irak.

Eminence, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis né en 1948 dans une grande famille. Mon père était maire d’un village puis nous avons déménagé à Mossoul. Nous étions 11 frères et sœurs. J’ai fait mes études à Mossoul puis je suis entré au séminaire Saint-Jean dirigé par des dominicains français. J’ai été ordonné prêtre en 1974 puis évêque en 2003, Patriarche en 2013 et cardinal en 2018.

Pourquoi avoir choisi la prêtrise ?

Nous habitions à côté de la cathédrale catholique chaldéenne de Mossoul. Mon père était sous-diacre. Le curé de Mossoul était un homme très pieux et bon qui m’a inspiré et attiré au sacerdoce. Puis un jour j’ai croisé une sœur qui récitait le rosaire dans la rue et cela m’a beaucoup marqué.

Comment s’est déroulée votre vie au séminaire ?

La discipline était très stricte. Il faisait froid l’hiver et nous avions peu de chômage. Il fallait courir ou mettre un manteau pour se réchauffer mais cela nous a formé à la patience, la maîtrise de soi. On nous appelait par des numéros. J’avais le 83. J’y ai appris le travail manuel, la menuiserie et d’autres choses. Cela ne se déroule plus de la même manière aujourd’hui mais à l’époque, nous avons été formés de façon très robuste. Je dois reconnaître d’ailleurs que cela m’a beaucoup aidé une fois curé et maintenant Patriarche, en me donnant la patience et le courage de supporter les situations difficiles.

Et votre formation spirituelle ?

Un père spirituel nous parlait chaque jour. Un jour j’ai souhaité quitter le séminaire mais mon père spirituel, un recteur dominicain, m’a encouragé à être solide et je suis resté. Nous étions 20 séminaristes dans ma classe. Le petit séminaire durait 5 ans et je suis le seul qui soit devenu prêtre. C’était la période du Concile Vatican II et nous le suivions par les journaux. Nous avons été un peu marqués par les changements. J’ai été très marqué par l’aggiornamento, notamment.

Comment cela ?

La liturgie chaldéenne aussi a été réformée. La pastorale a été revue aussi car un patriarche doit savoir lire les signes du temps. Je pense qu’il faut être fidèle à la Tradition d’une part tout en sachant s’adapter à la modernité. Il y a de belles choses dans la Tradition mais il faut les montrer. Avant Vatican II, nous priions en Chaldéen. Aujourd’hui, nous avons adapté l’arabe.

Il faut comprendre que notre situation est différente des églises en Occident. Nous devons tenir compte de la présence des musulmans qui doivent comprendre nos prières. Nous sommes une Eglise catholique dans laquelle il y a plusieurs églises, c’est une grande richesse.

Il y a une liturgie qui peut être formulée d’une manière diverse et contextuelle. Il y a l’unité mais il y a la diversité. Ce qu’il faut garder c’est la foi qui doit être la même dans l’église catholique. Avec les orthodoxes nous avons une grande proximité si ce n’est l’autorité.

Qu’est-ce qu’être patriarche de l’Eglise catholique chaldéenne ?

C’est une église très ancienne. La liturgie, la spiritualité et même la théologie sont différentes. Nous n’avons pas de traité théologique. Notre théologie se trouve dans la liturgie et dans les sermons. L’Eglise est basée sur la Grâce et la Résurrection. La Croix est une croix vide. Il n’y a pas le corps du Christ car il est ressuscité. D’ailleurs, cela remonte le moral de nos fidèles qui ont souvent été persécutés. Notre spiritualité est celle de l’Evangile basée sur les étapes de la vie de Jésus.

Par ailleurs, nous avons un droit particulier. Le Synode choisit les évêques et le patriarche. J’ai été choisi par les pères en 2013 et le Pape a confirmé la nomination.

Quelle pierre l’Eglise chaldéenne peut-elle apporter à l’Eglise universelle ?

L’expérience des églises orientales peut aider à donner plus de poids aux conférences épiscopales. Ce sont des institutions nouvelles nées après le Concile. Elles peuvent être une sorte de synode mais toujours en lien avec le successeur de Pierre. Avec Pierre et sous Pierre. Les évêques pourraient avoir plus de responsabilités, pour la liturgie par exemple. Mais il faut du temps.

Comment vivre sa foi dans un pays musulman ?

Nous ne pouvons pas prêcher publiquement ou convertir des musulmans. C’est interdit par la loi. Mais nous avons la liberté de faire ce que nous voulons dans les églises. La visite du Pape a aidé les musulmans à respecter les religions. C’est un cheminement de chaque jour. Il faut présenter les choses sous un jour qu’ils peuvent comprendre. La Trinité, par exemple, est une richesse qui peut être comprise. Nous pouvons évangéliser par nos témoignages et nos mœurs. Je vous donne un exemple. Il n’y a pas de polygamie chez nous. Ils ne comprennent pas toujours mais c’est un témoignage réel de l’Evangile.

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